Physiologiste cardiovasculaire et cardiologue du sport
Président du Collectif Pour une France en forme
« Esport à l’école : une décision qui interroge face aux enjeux de santé des jeunes »
La stratégie nationale “Esport 2026-2030” prévoit de développer la place de l’Esport en France, notamment en milieu scolaire. Cette orientation vise à structurer une filière en pleine croissance, à soutenir l’industrie numérique française et à renforcer l’attractivité du pays dans l’organisation de grands événements esportifs.
Mais l’un des volets de cette stratégie suscite particulièrement le débat : l’intégration de l’Esport dans les parcours éducatifs et scolaires. Plusieurs mesures sont envisagées, comme la création de partenariats entre établissements scolaires et acteurs privés du jeu vidéo, le lancement d’un programme national “Esport et Éducation”, ou encore la mise à disposition d’outils pédagogiques pour les enseignants et de supports d’information pour les familles.
Derrière cette volonté d’encadrer et de valoriser la pratique compétitive du jeu vidéo, plusieurs professionnels de santé alertent sur les risques liés à une exposition accrue aux écrans chez les jeunes.
Des inquiétudes sanitaires fortes
La Direction générale de la santé et la Mildeca ont exprimé leurs réserves face à certaines mesures de la stratégie. Elles pointent notamment les risques associés aux usages intensifs des jeux vidéo : sédentarité, troubles du sommeil, fragilités psychiques et conduites addictives.
Ces alertes interviennent dans un contexte déjà préoccupant.
Les enfants et les adolescents passent de plus en plus de temps devant les écrans, tandis que l’activité physique quotidienne reste encore insuffisamment mise en œuvre dans les établissements scolaires.
L’enjeu est donc moins de nier la place du numérique dans la société que de questionner les priorités éducatives et sanitaires : faut-il encourager davantage de pratiques liées aux écrans à l’école, alors même que les jeunes manquent déjà de temps pour bouger ?
Une expérimentation qui soulève des questions
Pour appuyer le développement de l’Esport à l’école, la stratégie s’appuie notamment sur l’expérimentation Educ Esport, menée dans plusieurs collèges et lycées de l’académie de Versailles.
Ce programme propose des ateliers encadrés d’Esport, en marge des cours, avec l’objectif d’explorer les possibles effets éducatifs du jeu vidéo compétitif, notamment sur certaines capacités cognitives comme l’attention ou la mémoire.
Mais cette expérimentation soulève plusieurs interrogations, en particulier sur la place des acteurs privés du secteur dans le financement, l’organisation et l’évaluation du projet. Elle pose aussi la question du message envoyé aux jeunes : alors que l’école doit encourager l’activité physique et limiter les effets de la sédentarité, l’introduction de pratiques compétitives de jeux vidéo peut sembler contradictoire avec les objectifs de santé publique.
Le regard de François Carré
Face à cette orientation, le cardiologue François Carré alerte sur ce qu’il considère comme un véritable contresens sanitaire. Son témoignage rappelle l’urgence de replacer l’activité physique au cœur du quotidien des jeunes :
Comment peut-on promouvoir les jeux vidéo à l’école, alors que les adolescents sont déjà exposés à un risque accru de diabète de type 2 et d’obésité, avec seulement 42 % des établissements respectant les 30 minutes quotidiennes d’activité physique obligatoire »
Cette prise de parole met en lumière une contradiction majeure : avant de développer de nouvelles pratiques numériques à l’école, il semble indispensable de garantir l’application effective des temps d’activité physique quotidienne.
Faire du mouvement une priorité éducative et sanitaire
Pour le Collectif Pour une France en Forme, cette actualité rappelle un principe essentiel : les jeunes ont besoin de bouger chaque jour.
L’activité physique ne se limite pas à la pratique sportive. Elle participe à la prévention de nombreuses maladies chroniques, contribue à la santé mentale, favorise la concentration, le bien-être et le développement social des enfants et des adolescents.
Dans un contexte marqué par la progression de la sédentarité et l’augmentation du temps passé devant les écrans, il est essentiel de renforcer les actions permettant aux jeunes de marcher, courir, jouer, pratiquer une activité physique et adopter durablement des habitudes de vie plus actives. Avant d’intégrer de nouvelles pratiques sédentaires dans le parcours éducatif, la priorité doit rester claire : faire de l’activité physique un pilier de la santé des jeunes et accompagner concrètement les établissements dans sa mise en œuvre quotidienne.
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